Épuisement, manque d’effectifs, problèmes matériels... Laurent Nunez répond à la colère des pompiers
Épuisement, manque d'effectifs, problèmes matériels... Face aux syndicats de pompiers qui dénoncent l'insuffisance de leurs moyens après la mort de trois d'entre eux en deux semaines, le ministre de l'Intérieur a assuré mercredi en Gironde, où deux professionn

Épuisement, manque d'effectifs, problèmes matériels... Face aux syndicats de pompiers qui dénoncent l'insuffisance de leurs moyens après la mort de trois d'entre eux en deux semaines, le ministre de l'Intérieur a assuré mercredi en Gironde, où deux professionnels ont péri la veille, que la France "fait face" aux incendies.
Par : FRANCE 24 "Nous faisons face" aux incendies qui se multiplient à travers le pays, a affirmé Laurent Nunez mercredi 22 juillet à Bordeaux, ajoutant qu'"il y en a un peu assez des polémiques" sur les moyens de lutte dont disposent les pompiers.
Le ministre de l'Intérieur s'exprimait dans une caserne de la ville, après avoir rencontré les familles de deux soldats du feu décédés mardi tandis qu'ils luttaient contre un incendie aux abords de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac .
Laurent Nunez a indiqué avoir "proposé aux familles" d'organiser "un hommage national" en Gironde et "dans l'ensemble des préfectures et des centres de secours" du pays.
Après le drame de mardi, plusieurs syndicats de la profession ont dénoncé l'insuffisance des moyens de lutte, humains et matériels, en alertant sur un "épuisement" des effectifs alors que le pays est confronté à de multiples incendies.
Selon le ministre, plus de 12 500 départs de feu sont intervenus depuis le début de l'année et 44 000 hectares ont déjà brûlé, davantage qu'en 2022 quand des brasiers avaient ravagé le sud-ouest de la France .
Mais "retenez bien que 95 % des feux se combattent par des moyens terrestres (...) Les moyens aériens, ils sont suffisants. Depuis 2022, notre flotte a été multipliée par deux", a déclaré Laurent Nunez devant la presse.
"Nous avons 12 Canadair, 10 hélicoptères bombardiers d'eau, 6 avions AirTractor bombardiers d'eau, 8 Dash qui projettent surtout du produit retardant", a-t-il détaillé, évoquant la commande d'autres Canadair qui doivent être livrés en 2028 et 2032.
"Et nous allons expérimenter dans les jours qui viennent l'utilisation du A400M qui pourra projeter 20 000 litres de produit retardant", a-t-il ajouté, mentionnant aussi "27 moyens aériens" dont disposent certains services départementaux de secours.
"Nous faisons face. Donc, il y en a un peu assez de ces polémiques (...) Le 'France bashing', ça suffit. On est un pays qui sait aussi gérer des crises. On l'a démontré", a conclu le ministre.
Pour Guillaume Millet (CFDT), ce sont surtout les moyens humains qui manquent. "Quand on envoie une colonne de renfort d'une cinquantaine d'hommes, il en faudrait 100 pour respecter les repos de sécurité. Mais aujourd'hui, on ne fait qu'avec 50, donc les gens sont épuisés."
"La fatigue est un ennemi lors des feux de forêt, par l'intensité des missions et la durée des engagements", abonde Sébastien Delavoux. Les agents, "rincés", peuvent connaître "des pertes de lucidité", avec des risques d'intoxication réels, insiste-t-il.
David Saquet, président de l'Unsa Pompiers, explique aussi le "surengagement des personnels" par leur activité courante qui s'ajoute aux feux.
Le Secours et soins d'urgence aux personnes (SSUAP) représente 74 % à 80 % de l'activité opérationnelle totale des sapeurs-pompiers, soit plus de quatre millions de sorties dédiées aux détresses médicales et aux accidents de la vie quotidienne.
"La ressource n'est pas intarissable et les corps sont mis à rude épreuve, il y a de la fatigue physique, mentale", souligne le syndicaliste.
"On a des gardes de plusieurs jours, 24h sur 24, parce que les collègues sont en congés" et dans certains départements, des pompiers partis "en feu de forêt pendant plus d'une dizaine d'heures reviennent pour être réinjectés dans ces gardes. C'est anormal", affirme-t-il.
Même constat pour Bruno Ménard, porte-parole national du syndicat des pompiers volontaires, qui représentent 80 % des effectifs. Pour lui, "on arrive au bout d'un système qui va exploser".
"Certains sont lessivés, ils sont envoyés en renfort d'un département à l'autre, dorment sur des lits Picot entre les camions dans un hangar. Voire, entre deux interventions, repartent travailler chez leur employeur", explique-t-il.
Le 8 juillet, un sapeur-pompier volontaire de 22 ans avait déjà péri alors qu'il luttait contre un feu en Savoie . Selon la Fédération nationale des sapeurs-pompiers, toutes interventions confondues, six pompiers sont morts en 2025 et huit, à ce jour, en 2026.


